Sélection 2009

Le marathon de Safia

Le Marathon de Safia, Didier Quella-Guyot & Sébastien Verdier, Emmanuel Proust Éditions (Atmosphères Sport), septembre 2008

À 16 ans, Safia est une jeune lycéenne, qui ne rêve que d’une chose : devenir championne de marathon ! Mais bien des obstacles se dressent sur sa route, et, en premier lieu son père, de confession musulmane, qui ne peut concevoir que sa fille se lance dans les compétitions sportives et pratique un sport “réservé aux hommes”. Soutenue par sa mère et son professeur de gymnastique, Safia ne renonce pas. Et à force de courage et de sacrifices, elle convaincra son entourage et parviendra à ses fins. Au sommet de sa gloire, elle pense alors investir son énergie dans le combat politique…
La ligne claire souligne le parti pris réaliste de ce one shot porteur d’un message d’espoir auprès des jeunes. À la fin du récit, un dossier complet sur le marathon donne des informations intéressantes sur ce sport d’endurance. Réalisée en partenariat avec avec le ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative et de la chaîne Eurosport, la collection Atmosphères Sport des éditions d’Emmanuel Proust entend promouvoir des histoires réalistes et éducatives en un album autour d’un sport, “en valorisant ses valeurs sociales et en s’appuyant sur des experts”. À lire à partir du collège.

Geneviève Bénard

 

Amères saisonsAmères saisons, Étienne Schréder, Casterman, Collection Écritures, janvier 2008

Je sais, on va me dire « Ce n’est pas une bande dessinée grand public ». Mais l’expérience qu’elle restitue – celle de l’alcool – atteint tous les publics, et la manière dont elle en parle est tellement forte qu’on n’y fait plus la différence entre les effets de l’art et l’accent de la sincérité. Assurément les personnes qui se sont déjà battues contre l’alcoolisme, le leur ou celui d’un proche, ne trouveront pas dans ces images magnifiques et désespérantes le remontant dont leur moral a peut-être besoin. Elles y rencontreront un compagnon « qui y est passé », comme on dit dans la confrérie, et qui ne prononce d’imprécation envers personne. Et elles y apprendront peut-être que dans la plus répétitive dégringolade et pour le soiffard le plus exaspérant, certes le miracle est rarissime, mais pourtant aucune main tendue n’est négligeable. Ici, c’est l’image qui use – et avec quelle maîtrise du noir et blanc ! – mais pas la pensée.

Jean-Pierre Molina

 

Coupures irlandaisesCoupures irlandaises, Kris & Vincent Bailly, Futuropolis, mai 2008

Présenté comme une autofiction, le récit n’a pas la puissance de “Un homme est mort”, de Kris et Davodeau, et, même s’il évoque la situation terrible de cette Irlande du Nord que le film Hunger vient de nous remémorer, il se perd trop dans les états d’âme adolescents des héros, faisant penser souvent à À nous les petites anglaises, sans nous faire partager réellement ce que peut être le désarroi de jeunes français perdus dans un conflit dont ils imaginaient à peine l’existence. La mise en oeuvre graphique de Bailly ne manque pas de qualit´s mais on reste sur sa faim quant à l’analyse du conflit.

 

Groenland-Manhattan, Chloé Cruchaudet, Delcourt, mars 2008Groenland Manhattan

Encore une histoire d’indigènes, cette fois il s’agit d’esquimaux, transplantés de leur contrée de vie pour être exhibés aux citadins comme pièces documentaires et objets de musée ! Encore et tant mieux : on ne risque guère de trop raconter ces épisodes inhumains de la curiosité occidentale. Surtout dans ce style : une écriture sans emphase, des personnages proches, de l’humour dans la description des malentendus culturels, de la retenue dans la description de leurs meurtrières conséquences, un dessin inventif entre rondeur et caricature … tout ce qu’il faut pour faire aimer les humbles enfants de la banquise en butte à l’intervention brutale des civilisés.

Jean-Pierre Molina

Les funérailles de Luce

Les Funérailles de Luce, Springer, Vents d’Ouest, janvier 2008

Superbe récit en noir et blanc, dans un graphisme qui oscille entre stylisation et schématisation. L’univers d’un quotidien provincial, avec ses mesquineries, ses ragots, mais éclairé par la présence chaleureuse d’un vieil homme : tout ceci est retranscrit à travers le regard acéré et sensible de Luce, la fillette du titre, qui va découvrir, dans le deuil de son « papi », la réalité cruelle de la disparition de ceux qui nous sont chers. Très belle analyse de la rencontre entre la mort et l’enfance.

Jacques Tramson